Une famille
Trois générations, dont deux qui ont connu la criée.
Deux ans de chantier, une famille du Comtat et une consigne donnée aux artisans : ne touchez ni à la balance, ni aux numéros de lots peints sur les portes.
Sous un faux plafond de plâtre, il y avait une charpente de mélèze et une verrière de toit condamnée depuis les années quatre-vingt. Elle éclaire maintenant la salle jusqu'au crépuscule.
La balance à fléau des courtiers pesait les lots avant la criée. Elle a été démontée, révisée par un horloger, puis remise exactement à sa place.
Les caisses de bois portent encore leurs numéros au pochoir : elles tiennent aujourd'hui les verres, les jeux de cartes et les carnets de points.

Trois générations, dont deux qui ont connu la criée.
Du premier coup de masse à la première soirée.
Rouverte, orientée nord, sans un seul néon.
Ce qui se joue ne pèse rien : personne ne mise, personne n'encaisse, aucune dette ne survit à la donne.
La carte suit le marché : quand un producteur n'a pas livré, le plat saute.
La salle n'accueille pas plus de cinquante personnes, même un vendredi de fête.
Aucun écran, aucune musique forte : la salle doit permettre de parler bas.
Toute la maison — salle à manger incluse — se ferme en dessous : cuisine comtadine devant, sept feutres de cartes derrière.
Rien ne se joue à distance : ni mise, ni gain, ni compte de joueur. Tout est pesé rue des Halles, à Carpentras.